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HISTOIRE - Témoignage d'Alain Lefevre

Voilà. C'est en Aveyron: Barriac sur le Causse Comtal, au bord de la vallée du Dourdou. C'est là qu'est l'origine de notre famille du côté maternel. Au coeur du village, au pied de l'église, notre arrière-grand-père faisait le cordonnier. C'était sous Napoléon III. Sa maison était constituée de deux pauvres maisons paysannes et d'une grange, collées les unes aux autres. La grange s'est effondrée avant la guerre. Les maisons comptaient chacune une salle commune, une chambre à l'étage et un grenier. J'ai fait d'une des pièces communes ma chambre. C'est l'ancienne boutique du cordonnier. Mon frère s'est installé sous la belle charpente du grenier, d'où il jouit d'un coup d'oeil unique sur les monts d'Auvergne.
Le village de notre enfance a bien changé depuis que, gamins, nous y passions nos étés. Il était alors peuplé de cultivateurs qui vivaient comme on le voit dans le film de Georges Rouquier tourné en 1946: Farrebique. Ce film, qui retrace la vie d'un village aveyronnais au rythme des saisons, a obtenu le Grand Prix du cinéma français et le Prix International de la critique de Cannes en 1946 et le Prix de la Biennale de Venise en 1948. La volaille errait entre les maisons, les boeufs sous le joug tiraient les chars et les brebis rentraient chaque soir pour la traite tandis que l'angélus tintait trois fois par jour. Le progrès est arrivé avec les tracteurs et puis, peu à peu, la vie agricole a presque totalement disparu. Les ronces ont envahi les chemins creux et aujourd'hui les voitures  encombrent le village. Tout le monde s'en va travailler à la ville. Le boulanger ne passe plus en klaxonnant avec sa camionnette et les grandes surfaces bouffent la campagne. Mon frère et moi avons été contraints de vendre la vielle maison. Cette séparation me coûte, mais je me console de cette peine à la lecture de ces lignes:
« Retourner aux lieux où l'on a jadis été heureux, revoir une jeune personne qu'on a beaucoup aimé, sont de ces tentations à quoi l'on doit savoir résister. La respiration artificielle est impuissante à ressusciter les amours mortes. Il faut laisser dormir les spectres chéris de notre adolescence, sous peine d'amertume. Le « Ce n'était que ça? » est un cri atroce, qui ternit le présent et empoisonne le passé, en abîmant l'image que le temps et l'espace- ces deux gracieuses divinités de l'oubli avaient formé dans notre coeur.
Gabriel Matzneff « L'archange aux pieds fourchus »
Edition La Table Ronde 1983 















 
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Barriac 12340 Bozouls
Association de sauvegarde du patrimoine de Barriac - Bozouls - Aveyron - Midi-Pyrénées
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